Louvain-la-Neuve

Bilan mitigé pour une Antigone contemporaine

Du 9 au 16 mars, la scène de l’Aula Magna accueillait une figure importante de la résistance à l’intégrisme et de l’opposition au pouvoir autoritaire. Une conférence ? Un long discours ? Non, un spectacle, celui d’Antigone, fille d’Œdipe dans l’antique version de Sophocle.

On s’est laissé tenté par le choix audacieux de Sophocle, les représentations contemporaines se basant généralement sur le texte résolument plus moderne de Jean Anouilh (1944). Pourtant, un vent de modernité souffle sur cette pièce vieille de plus de 2400 ans grâce à la mise en scène novatrice de José Besprosvany. De fait, sur scène se succèdent des récitatifs dans la plus pure tradition théâtrale et des morceaux de danse qui insufflent un dynamisme à une tragédie grecque parfois trop statique. Modernité de la forme donc qui nous a conquis ; accompagner la danse d’un texte permet de mieux saisir les courbes des corps et l’abstraction d’un art trop incompris et trop souvent considéré comme une fantaisie contemporaine inaccessible.

 

Pour le fond, l’histoire est connue : Antigone cherche à enterrer le cadavre de son frère, à l’encontre des lois de la Cité et de la volonté du roi de Thèbes, Créon. En bons personnages d’une tragédie grecque, ils sont de véritables types, voire mythes. « Ces deux personnages seraient-ils des visages de l’intégrisme religieux et politique qui remue nos sociétés ? », interroge très pertinemment la description de la pièce. On est tenté de répondre oui, notre choix étant appuyé par la programmation d’ici avril de Rhinocéros de Ionesco, autre pièce dénonçant la pensée unique. Cependant, Antigone la grecque est hors-temps et hors-espace, un personnage à la fois vieux et jeune, antique et contemporain. Au niveau de la mise en scène ce paradoxe est très bien illustré : choix de costume neutre, une scénographie presque primitive en phase avec cela. Mais une question demeure. Pourquoi intégrer une fable écologique dans un mouvement de danse ? Pourquoi parler des automobiles et des machines dans ce texte mythique ? L’actualisation par la danse était géniale, celle par le texte déçoit.

 

Dans le même ordre d’idée, le jeu d’acteur peine à trouver ce statut atemporel ; Créon est peu convaincant, si peu qu’on a même cru (espéré ?) au procédé de distanciation chère à Brecht. Mais non.

 

En sortant on se rend bel et bien compte qu’Antigone et sa représentation sont à inscrire dans le présent. Pour les thèmes très certainement, et on en soulignera le choix et le mélange des arts. Mais aussi par un jeu qui peine à s’extraire de l’espace scénique et ne parvient pas à plonger le spectateur dans un temps et un espace hors-référent. 

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