Louvain-la-Neuve

Humans of LLN #8 : La Baraque

En ce bel après-midi d’avril, Louvain-la-Neuve parait profiter du retour des beaux jours : les barbecues grésillent, le Tutmonda bat son plein, les baffles grésillent et le traditionnel duo t-shirt/short est de sortie. Pourtant, l’un de ses quartiers semble vivre paisiblement, loin de toute cette agitation printanière. Lequel me direz-vous ? La Baraque pour sûr ! Pour un des derniers articles Louvainfo de l’année, je vous emmène avec moi à la découverte de ce quartier assez atypique de notre belle cité néolouvaniste.

Suite aux événements du Walen Buiten¸ le Pouvoir Organisateur de l’UCL dut s’atteler à créer université d’expression française. Une fois les terrains obtenus (+/- 900 hectares à l’époque), la construction de la ville pouvait se lancer, construction qui, rappelons-le, se fera à coup d’expropriation des habitants de base de la région. Au même moment, des étudiants en architecture, influencés par les idéaux de Mai 68, refusent de s’installer dans les kots prévus à cet effet et s’implantent à l’emplacement actuel du quartier, dans six roulottes. Pourquoi à cet endroit précis ? Le cas de la Baraque est tout à fait singulier car il s’agit du seul où les résidents ont refusé toute expropriation. Commencent dès lors l’organisation et la construction du quartier, jusqu’à ce qu’en 1975, l’UCL décide de stopper l’occupation illégale des terrains.  Les résidents et les étudiants feront alors front commun contre l’université. Suite à une lutte pacifique, ils finiront par avoir gain de cause et pourront rester à la condition sine qua none que « tout soit remis en ordre ». Vous vous demandez sûrement pourquoi cela ?

Selon les dires de Jacques, le doyen de la Baraque, « c’était encore le temps des cow-boys, l’eau coulait du toit, on avait des rallonges qui passaient à travers les arbres, mais on s’arrangeait. Aussi car dans le ménage les femmes mettaient la pression en disant que le gosse allait arriver et qu’il était grand temps qu’il ne pleuve plus à travers le plafond… ».

Après un an de travail, les agrégations étaient obtenues et les habitants ont pu se domicilier. A l’heure actuelle, le quartier de la Baraque accueille 140 habitants – dont 40 enfants. Il se divise en trois sous-quartiers : le Talus – à proximité de l’Esplanade –, les Bulles – avec ses dômes géodésiques – et le Jardin .

L’atypisme de ce quartier vient bien sûr de son fonctionnement. L’aspect communautaire est bien sûr primordial dans ce quartier (achats groupés d’outils, construction d’un four à pain, …). Vivant sans président/chef, les problèmes sont réglés plus ou moins vite par la discussion :

"Un jour, des gens se sont plaints du fait que 5 coqs faisaient du bruit dès l’aurore. Après avoir discuté une vingtaine de minutes, nous avions trouvé une solution. Et au repas commun du soir, nous avions 4 bons coqs à se mettre sous la dent"

La vie en communauté nécessite un certain nombre de règles qui vont régir le vivre-ensemble. La première est que le quartier est contre tout type de spéculation : si l’un de ses membres décide de partir, il ne devra pas spéculer sur le prix de revente de son habitat. Deuxièmement, aucun véhicule, hormis les pompiers, n’est toléré au sein du quartier. Pour quel résultat ? Une quiétude ambiante où le temps parait se figer par moment. L’ambiance tout à fait particulière est renforcée par un soleil couchant plongeant le visiteur que je suis dans un situation presque idyllique où les couleurs vont resplendir sur les maisons construites pour la plupart en communauté.

 

"C'est pas le paradis tous les jours, mais on est extrêmement loin de l’enfer

 

La Baraque est aussi le quartier où tu pourras trouver le potager collectif de Louvain-la-Neuve. Dans le cas où tu serais domicilié à Ottignies/Louvain-la-Neuve, tu pourras faire une demande pour obtenir une parcelle. Malheureusement, la liste est longue et il te faudra t’armer de patience si tu veux un jour pouvoir en profiter.

Si l’aperçu du quartier que je viens de livrer parait idyllique, l’envers du décor l’est toutefois un peu moins. En effet, si l’université décide de rompre un jour ce contrat tacite et de léguer les terrains à des promoteurs, alors les habitants devront trouver un autre endroit où loger. A l’heure actuelle, l’UCL n’est pas prête à faire cela, mais les habitants se mobilisent quand même pour réfléchir à des solutions qui conviendraient aux différentes parties.

En guise de conclusion, la Baraque représente un bel exemple de mode de vie alternatif, basé sur des principes communautaires forts, une tendance à l’auto-gestion, mais aussi sur une réappropriation de l’espace et du temps, éloignés de certains tracas que nous impose la société moderne actuelle.

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