Sensibilisation

Petit argumentaire pour défendre Louvain-la-Neuve

« Louvain, c’est quand même pas la vraie vie », « C’est marrant mais bon, ça reste une petite bulle estudiantine», voire « Louvain c’est bien, mais y a quand même beaucoup moins à faire que dans les vraies villes » : que celui qui n’a jamais eu l’occasion de faire face à ces étranges accusations me jette la première pierre. Nombreuses sont les critiques adressées à la ville dans laquelle nous (sur)vivons, y compris venant des étudiants louvanistes eux-mêmes. Voici quelques propositions d’arguments à adresser à ces pauvres bougres.

Pas une ville, Louvain-la-Neuve ?

     On pointe souvent du doigt le soi-disant fait que Louvain-la-Neuve ne serait qu’un grand campus universitaire déguisé maladroitement en ville. C’est tout simplement nier les bases-mêmes du projet architectural mis en place par ses concepteurs. Leur but premier était en effet de construire ex nihilo une « ville nouvelle » (on pourrait déjà s’arrêter là), piétonne, à dimension humaine, où toutes les catégories socio-professionnelles doivent être présentes dans une mixité maximale. Difficile de dire le contraire, notre belle ville est tout-à-fait particulière au niveau de sa construction. Presque entièrement piétonne et prévue pour être limitée à 30 000 habitants nocturnes, Louvain-la-Neuve est justement une prise de risque monumentale au niveau de l’urbanisme moderne : celle d’un projet concerté, prenant en compte et tentant de tacler les véritables problèmes gangrenant de plus en plus de grandes villes modernes. Innovation urbanistique, mobilité, pollution, intégration de différents types de population, développement de l’économie locale et durable, animation culturelle, et j’en passe. Evidemment, Louvain-la-Neuve est loin d’être parfaite, comme le prouvent les dernières prévisions d’agrandissement de l’Esplanade et la mise en place d’un parking RER titanesque. Mais curieusement ces projets, qui causeraient sans doute beaucoup moins de remoux s’ils devaient prendre place dans une « grande ville », prouvent que l’agencement propre à Louvain a définitivement quelque chose de novateur et de politique.

            Donc non, Louvain-la-Neuve n’est ni un bête campus, ni une ville tentaculaire. C’est plutôt un projet réfléchi – ce qui la distingue déjà de beaucoup d’autres villes - de ville à taille humaine qui a décidé de mettre ses habitants au centre de son développement. L’actualité de ces dernières semaines prouve d’ailleurs que Louvain-la-Neuve aura beaucoup à apprendre dans les prochaines années à certains urbanistes et politiques (courage Bruxelles, on est de tout cœur avec vous).

Y a rien que des étudiants à Louvain-la-Neuve ?

      Rejoignant la première, une deuxième critique souvent adressée à notre ville repose sur une soi-disant proportion exagérée d’étudiants par rapport aux « résidents permanents » - entendez salariés, familles, retraités, etc. Les chiffres sont pourtant formels : en 2014, sur les 20 000 - chiffres approximatifs - personnes de la population nocturne, presque 11 000 étaient des résidents permanents, contre seulement 9000 étudiants. La ville continue donc son expansion pour arriver tranquillement à l’équilibre recherché de 30 000 habitants nocturnes, avec une proportion de 2 résidents permanents pour 1 étudiant.

      Certes, même quand l’équilibre sera atteint, la proportion d’étudiant par résident sera plus élevée que dans la très grande majorité des villes. Mais dire que Louvain-la-Neuve n’est qu’un microcosme étudiant, ce n’est pas seulement avoir une idée faussée de la réalité, c’est également faire un vulgaire pied de nez à la philosophie sur laquelle est basée la construction de la ville. Et c’est surtout prouver qu’une partie des étudiants, incapable d’aller à la rencontre du reste des habitants, participe activement à cette malheureuse prophétie auto-réalisatrice.

      Alors au prochain gus qui vous affirme ça, dites-lui que s’il limite ses sorties à son commu, ses auditoires et à la (Petite) Casa, c’est effectivement pas là qu’il risque de taper discussion avec des résidents. Mais c’est pas pour ça que ceux-là n’existent pas, ni qu’ils ne font rien à Louvain-la-Neuve.

Il ne se passe rien à Louvain-la-Neuve ?

      Souvent, Louvain-la-Neuve est également critiquée pour la pauvreté des activités qui y prennent place : pas ou peu de concerts, aucun bouillonnement culturel par rapport aux « grandes villes », etc. Un petit clic sur l’onglet Agenda juste ici plus haut persuadera n’importe qui du contraire. Et ce n’est évidemment pas l’intégralité des activités louvanistes qui s’y trouve, Louvainfo étant un site majoritairement destiné aux étudiants (pardonnez-nous). Entre bowling, billard, cinémas, Atelier Théâtre Jean Vilar, musées, salles de concerts, kots-à-projets, régionales, cercles et j’en passe : Combien de villes de 20 000 habitants (30 000 dans quelques années) peuvent se targuer d’une animation aussi active et variée ? Et quand bien même certains arriveraient à être malheureux, la petitesse de notre beau pays fait qu’on peut sans trop de difficulté aller participer à telle ou telle activité dans une autre ville et être de retour quelques heures après dans le havre de paix louvaniste.

            « D’accord, mais Louvain ça reste à destination d’une partie de la population privilégiée, non ? »  Allez donc répéter ça aux TUL, Improkot, Cinéforum et à tous les autres kàps et organisations/ASBL/etc. qui organisent de fabuleuses activités ouvertes bien souvent à tous pour trois fois rien chaque semaine. Si après cela certains tentent encore de nier l’affaire, qu’ils passent au kot quand ils le veulent : nos pans de murs intégralement remplis d’affiches d’activités louvanistes sont selon moi encore plus aptes à prouver ce point que n’importe quel discours.

      Cet article est donc un (petit) coup de gueule contre un ensemble de critiques selon moi illégitimes faites à LLN, par des étudiants/habitants extérieurs mais aussi par un certain nombre d’étudiants louvanistes eux-mêmes. Quitter Louvain-la-Neuve après ses études : pourquoi pas, évidemment ? Le vrai problème se pose quand certains pensent qu’il faut quitter la ville pour avoir la moindre chance de faire enfin l’expérience d’une pseudo « vie réelle ». Louvain-la-Neuve n’est pas - seulement - un campus, elle est avant tout une ville et ce qui s’y passe est tout aussi réel et important que ce qui se passe ailleurs. Contrairement à beaucoup d’autres villes, elle peut même se targuer d’avoir un projet réfléchi, une philosophie cohérente à la base de sa construction, qui préfigure sans aucun doute les réalités futures de l’espace urbain.

Pour les curieux :

Documentaire sur la mise en place de Louvain-la-Neuve et la philosophie qui en est à la base.

 

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