Louvain-la-Neuve

Walen buiten, bourgeois buiten !

Si ces quelques mots de flamand ne te disent rien cher lecteur, c’est grave, mais tu as ici l’opportunité de te mettre à jour dans ta culture générale d’étudiant(e) néolouvaniste, profites-en donc !

 

L’ « Affaire de Louvain », dans laquelle ces deux phrases trouvent leurs origines, se déroule durant les années soixante à l’Université Catholique de Louvain (Leuven). Dirigée par un comité d’évêques, francophones et néerlandophones y suivent des cours dans les deux langues. Chaque faculté est divisée en deux sections, chacune comprenant ses propres professeurs, laboratoires, et cætera. Une organisation à la belge assez loufoque, mais l’entente entre les régions se passe bien, il y fait bon vivre.

 

Cependant, dans les années soixante, la tension monte du côté flamand, et pas qu’un peu. Mais quel était le problème ? D’une part, le nationalisme flamand montant, d’autre part l’augmentation du nombre d’étudiants à l’université. Les années cinquante ont connu une période économique prospère, ce qui démocratisa l’accès aux études supérieures, doublant le nombre d’inscriptions en seulement une quinzaine d’années. Les étudiants flamands étaient d’avis que la situation ne serait plus tenable avec le temps, et dénonçaient également les facilités accordées aux étudiants francophones. Les leaders du mouvement estudiantin n’étaient pas nécessairement tous flamingants pour autant, pour eux il était aussi question d’avoir une université proche du peuple, en Wallonie donc pour les Wallons.

 

La ‘francisation’ de l’université posait donc problème et, mêlée à un sentiment de snobisme des francophones envers les néerlandophones, les néerlandophones se sont organisés pour sortir de cette situation qui commençait tout doucement à sérieusement faire grincer des dents. C’est alors qu’ont commencé les ‘Marches Flamandes’ sur Bruxelles et les revendications estudiantines à Leuven. Ensuite, avec les lois linguistiques de ‘63 qui fixèrent définitivement les frontières de la Wallonie et de la Flandre, le mouvement estudiantin s’accéléra, Louvain collectionnant les tags anti-Wallons et ses rues commençant à s’agiter.

 

Fastforward vers l’année 68, où L’« affaire de Louvain » connaît son point culminant. Après moultes manifestations violentes, le gouvernement de l’époque tombe suite à la démission de certains ministres en désaccord avec celui-ci sur la question. Le gouvernement suivant décréta ensuite la scission de l’université peu après, forçant les francophones à construire une toute nouvelle université en Région wallonne. Cet événement marqua la première étape de la fédéralisation de l’Etat belge et a donc certainement une influence encore aujourd’hui, notamment avec la récente sixième réforme de l’Etat.

 

C’est de cette manière qu’est née Louvain-La-Neuve, mais sa conception était en vérité déjà imaginée depuis bien longtemps. Durant les années précédant la scission, architectes, politiques, philosophes et bien d’autres métiers s’attelaient en coulisses afin d’inventer notre ville nouvelle, véritable laboratoire d’expérimentation destiné à créer une ville de rencontre et de confrontation.

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