Sensibilisation

“Autant pour moi” ou “au temps pour moi” ?

Aujourd'hui, les deux expressions sont utilisées. Au sein de l’univers linguistique, elles divisent. L'une porte le cachet officiel de l’Académie française, l’autre s’est adaptée à l’évolution de la société.  

Je suis un adepte du maniement de la langue française. Toujours à la recherche du mot juste, d’expressions plus subtiles les unes que les autres. Pourtant, ce sont les expressions les plus courantes que nous connaissons le moins. Moi le premier. Un peu taquin voire orgueilleux, j’ai voulu corriger une de mes cokoteuses qui avait écrit “au temps pour moi”. J'estimais qu’il fallait dire “autant pour moi”. 

Le premier signal d’une éventuelle erreur, c’est le correcteur orthographique de Word qui me l’a transmis. Un approfondissement des recherches pour comprendre le sens et l’origine de cette expression était nécessaire.

Selon le site web de La langue française, il nous faut employer “au temps pour moi”. Ce n’est un secret pour personne, on dit ça lorsqu’on avoue à notre interlocuteur s’être trompé. Tournée ainsi, cette phrase averbale viendrait du jargon militaire. L'injonction “Au temps !” commande à la personne à reprendre le mouvement au premier temps lorsqu’elle s’est trompée. Ainsi écrite, l’expression serait apparue dans la littérature au début du 20e siècle.

Cette éclosion tardive dans le vocabulaire de la langue française explique le scepticisme de certains, qui estiment que la locution “autant pour moi” existait déjà auparavant. Ils ne citent pas de date précise pour l’expression en tant que telle mais une forme ancienne datant de 1640 a été retrouvée. L’auteur Antoine Oudin utilise alors la locution “autant pour le brodeur”, qui signifie « raillerie pour ne pas approuver ce que l’on dit ». Cette signification a été reprise par le site Expressio.fr, spécialisé dans le décorticage des expressions de la langue française. D’après Maurice Grevisse, qui était un grammairien belge de renom connu pour son ouvrage Le Bon Usage, il est possible qu' au temps » ne soit qu’un dérivé de « autant ».

Le site Orthonet, créé par Charles Muller, linguiste et vice-président du Conseil international de la langue française, décédé en 2015, valide les deux expressions. Sachant que les deux graphies peuvent être utilisées, comment dès lors trancher ? Pour se décider, il faut comme souvent s’en référer à l’avis de l’Académie française. L’institution, qui fait autorité dans le milieu, a opté pour “au temps pour moi”. Elle accepte que “autant pour moi” soit davantage utilisé dans le langage courant mais ne justifie pas son emploi dans la langue de Molière.

L'expression “autant pour moi” aurait donc pris le dessus en raison de l’oubli de l’origine de “au temps pour moi”. La langue française devrait peut-être se mettre au garde à vous pour éviter une correction militaire de cette expression. Personnellement, je continuerai à préférer “autant” à “au temps”. Question d’habitude, et, je l’assume, d’ego.

 

 

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