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Le "big data", vers la fin de la vie privée?

Le concept de ‘big data’ se réfère au stockage et à l’analyse de flots de données enregistrées (parfois à notre insu) par diverses entreprises, généralement dans le but d’en tirer profit via un ciblage marketing. Concrètement, ces sociétés tentent d’amasser un maximum de données sur des utilisateurs et leurs habitudes pour dresser le ‘profil’ de chacun, qui alors utilisé afin de faire de la pub ciblée. 

Mais ce qui au départ apparaissait simplement comme un moyen de mieux ‘tenter’ les consommateurs est aujourd’hui devenu un véritable business prenant de plus en plus d’ampleur, de nombreuses sociétés n’hésitant désormais pas à revendre leurs données à des sociétés tierces (voire à des agences telles que la NSA). Considérées par certains comme le ‘nouveau pétrole’ (au potentiel encore inimaginable), ces données peuvent donc passer de mains en mains, le manque de législation récente dans ce domaine permettant à ce phénomène de se généraliser de façon effrayante…

 

A tel point que même la confidentialité des données bancaires, pourtant actuellement protégées par le secret bancaire interdisant aux banques de livrer des informations sur leurs clients, est menacée. La banque hollandaise ING a en effet révélé avoir comme projet de transmettre ses données à des sociétés extérieures. A l’heure où l’utilisation de la carte de banque est presque devenue une obligation, cette déclaration a de quoi inquiéter… Nos divers achats, nos voyages, nos activités mais également nos problèmes de santé ou même nos préférences politiques peuvent en effet bien souvent être déterminés par un simple coup d’œil à l’historique de notre carte bancaire. Ces données représentent ainsi un potentiel indéniable pour toute entreprise commerciale. ING se justifie en invoquant ‘des avantages évidents pour les clients (tels que des publicités ciblées et réductions) leur permettant d’épargner de l’argent’. Si cette mesure ne vise que les Pays-Bas, elle a néanmoins déclenché des levées de boucliers dans de nombreux pays, beaucoup de contestataires y voyant là une grave atteinte à la protection de la vie privée. D’autres relativisent, arguant que cette pratique est déjà pratiquée par de nombreux géants du web, et que cette étape n’est donc que la suite logique des choses. Les critiques ont poussé ING à préciser qu’une telle action, dont un projet pilote est prévu dans le courant de cette année, ne serait pas entreprise sans le consentement des clients concernés, puis finalement que les données ne seraient pas revendues mais analysées directement au sein de la banque.

 

Même si cette histoire pourrait finir sans suite, elle soulève la question de l’importance de la protection de la vie privée, à l’heure où les géants du net en savent souvent plus sur notre vie que nos propres parents. Sans une législation claire et des technologies de défense à la hauteur, il y a fort à parier que Google, Facebook, Twitter ou Dropbox, pour ne citer qu’eux, n’hésiteront pas à repousser de plus en plus les frontières de la vie privée. Facebook, par exemple, a développé un outil capable d’identifier une personne sur une photo aussi surement qu’un être humain, permettant l’identification quasi certaine d’une personne sur une photo où elle n’est pas taguée.

 

Vinton Cerf, l’un des pères fondateurs d’internet aujourd’hui chez Google, a récemment déclaré que le concept de protection de la vie privée est voué à disparaitre si ‘les conventions sociales n’évoluent pas différemment’, faisant référence à l’utilisation accrue de nouvelles technologies qui nuit tant à notre propre vie privée qu’à celle des autres… Et vous, qu’en pensez-vous ? Est-il encore vraiment important de protéger sa vie privée ? Et si oui, est-ce possible dans l’état actuel des choses?

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