Louvain-la-Neuve

Y’a plus de saisons…

Aaaaah, qui n’a jamais entendu ce poncif sortir avec fracas - et pas moins de pertinence - de la bouche de quelque personne âgée, dépitée de voir le monde s’affoler ?  Alors, oui, c’est sûr, « les petites gens sont fous », c’est sûr que « ce n’est plus ce que c’était », « que les valeurs se perdent ». Oui, avec la claustration, on a un peu perdu le fil des saisons et des choses, le temps s’est un peu écoulé pour rien…

 

Mais, chères amies, chers amis, quel ne fut pas le plaisir de sillonner les rues convalescentes de notre Louvain-la-Neuve gémissante ! Quel petit émerveillement de voir les jeunes sortir peu à peu de leur léthargie obligée, de les entendre parer les rues matinales de chants, de vie.

Avez-vous entendu ? Avez-vous entendu le trille des étudiantes et étudiants sur les chemins, depuis leur kot, le hurlement des oiseaux et oiselles sortis de leur décembre qui a bien duré six mois ? Après tout ce temps à vous planter la tête dans la terre comme une autruche, à vous refuser le galant air des gueules-en-terre, n’êtes-vous pas extatiques de pouvoir vous faire doucement darder des notes de soleil qui réchauffent notre dalle ensommeillée ?

Avez-vous vu ? Avez-vous vu les parcs, les bois, les promenades, le lac fleurir de groupes de gens riants, et la terre craquelée et assoiffée reprendre vie ? L’avez-vous ressentie, la simple joie béate de s’allonger là, quelque part, n’importe où, et de profiter de la chaleur du moment présent, en envoyant paitre, le temps d’une éclaircie, les prostrations de l’isolement ?

Cela parait si naïf, et pourtant, que n‘avons-nous pas perdu notre latin ces derniers temps. Que les abattements et les ires se sont infiltrés en nous, qu’ils nous font bouillir jusqu’au mugissement. Alors, oui, c’est inéluctable, le pouls reprend timidement, de même que la mécanique des fluides, les chansons de gestes, les philosophies de comptoir, les questions d’éthique et de droit. En témoigne ce 20 février dernier, durant lequel les arts ont éclaboussé d’animation les places et ruelles d’ici et là, la syncope tend à se dissiper.

Les vies closes éclosent, la ville s’éveille lentement. Et puis, ensuite ? Reverrons-nous le printemps paraitre dans les yeux d’Émilie, ou le bruit et la fureur se terreront-ils, rabroués comme un printemps pragois ?

 

Crédits photo : Ana Gordo Fontao

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