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L'écume des jours - Théâtre

Fin novembre, l’Etincelle s’est rendue au théâtre Jean Vilar afin d’assister à l’adaptation théâtrale proposée par Paul Emond de l’Ecume des jours, chef d’œuvre littéraire de Boris Vian, publié en 1947.

« Ce qui m’intéresse, ce n’est pas le bonheur de tous les hommes, c’est celui de chacun.».

Colin est un jeune homme fortuné et rêveur qui partage sa vie avec Chick, son ami ingénieur et fan inconditionnel de Jean-Sol Partre, mais aussi Nicolas, son cuisinier et chauffeur. Le récit réunit Colin et Chloë, qui seront éperdument amoureux l’un de l’autre. Cependant, les deux amants se verront rapidement confrontés à une grande difficulté : un nénuphar se développant dans le poumon de Chloë, menaçant ainsi les beaux jours de la jeune femme et de leur histoire d’amour.  De son côté, Chick vit une relation avec Alise, qu’il compte épouser. Seulement, l’admiration sans limite que le personnage voue à Jean-Sol Partre compliquera sévèrement leurs projets. D’autres personnages viendront garnir le récit de leur complexité et de leur singularité.

Concernant la pièce en elle-même, la transposition du roman à la scène apporte de nouvelles couleurs à cette aventure, pourtant on ne peut plus célèbre. L’ambiance jazzy, bien qu’également présente dans le roman, est, par exemple, plus puissante sur scène. Les sessions musicales accompagnant les envolées lyriques amènent une saveur inédite à l’œuvre initiale. Paul Emond nous fait ainsi redécouvrir l’œuvre de Boris Vian sous un tout autre angle, peut-être moins profond, mais plus teinté.

En outre, le vocabulaire complexe et posé sur un débit élevé dès le commencement de la représentation est susceptible de perdre plus d’un téléspectateur n’ayant pas ou que très peu connaissance de l’intrigue. Toutefois, au fil de la pièce, les personnages nous tendent davantage la main. Nous assistons à des prises de parole de haute voltige, imprégnées de la force littéraire de Boris Vian, et comme dit plus haut, souvent plongées dans une atmosphère qui swingue !

Ensuite, vient le point plus que positif de l’humour. En effet, la touche humoristique déjà présente dans l’ouvrage de 1947, l’adaptation théâtrale a su la faire ressortir avec beaucoup d’habileté et d’originalité. Ce trait a constitué un élément indispensable à ce fabuleux cocktail d’émotions qu’est L’Ecume des jours.

Enfin, les personnages de ce conte tant déchirant que drôle, sont, faut-il le souligner, brillamment interprétés par les trois comédiens Maxime Boutéraon, Florence Fauquet et Antoine Paulin. N’étant qu’au nombre de trois sur scène, ces derniers ont assumé plusieurs rôles, réalisant les transitions de personnages avec beaucoup de maîtrise. En dehors de leur habile jeu d’acteur, tous les trois exposent aussi leur talent par la musique – élément-clef de cette adaptation.

Malgré notre déception face à l’absence de Roxane Bret, Florence Fauquet a proposé une performance qui nous a très vite fait oublier notre désarroi, juste à l’image de la pièce toute entière qui nous a absorbé dans son monde. Nous retiendrons notamment la scène durant laquelle Chloë, manifestement effrayée par la mort, supplie Colin de lui faire l’amour.

Qu’avons-nous donc vu ce fameux soir ? Une bouleversante histoire mêlant amour et amitié, où la musique jazz fait danser les mots avec élégance et où l’humour s’allie somptueusement à la passion des personnages et à leur mélancolie. Le tout se présente à nous dans un univers surréaliste qui se consume au rythme des drames et des émotions.

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