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Annulation des 24H : sécurité contre liberté ?

Sécurité ou liberté ? Ce dilemme permanent est d’autant plus d’actualité en 2016 avec l’annulation des 24h vélo de Louvain-la-Neuve. Plus qu’une occasion de guindailler dans les règles de l’art, les 24h vélo sont une véritable institution pour les étudiants néo-louvanistes. Cet événement permet au folklore étudiant d’avoir une visibilité hors du commun. Les cercles, régionales et kots-à-projet vont souffrir très fortement de son absence cette année. Alors, au-delà des coûts faramineux dûs à la sécurité, on peut s’interroger sur ce qui a réellement poussé le CSE à prendre la décision d’annuler ce pour quoi ils se préparent depuis plus d’un an. La politique de sécurité amène-t-elle à repenser nos libertés ?

Cela fait maintenant presque 2 ans que nous vivons sans arrêt dans un climat de menaces et d’insécurité. Après les attentats de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015, une nouvelle ère s’est ouverte en matière de politique de sécurité. Depuis le 17 janvier 2015, des militaires sont déployés dans les endroits stratégiques potentiellement visés par la menace terroriste. L'Organe de Coordination pour l'Analyse de la Menace (OCAM) a effectué une nouvelle analyse de celle-ci le 22 août : nous nous trouvons actuellement au niveau 3 sur 4. Selon le site du centre de crise belge, cela signifie que la menace est grave et vraisemblable. Concrètement, des mesures ont été prises pour mieux protéger les lieux stratégiques : les policiers sont mieux équipés pour faire face à toute éventualité et tout événement doit respecter un certain nombre de critères de sécurité pour pouvoir se dérouler.

Dans le cas des 24h vélo, le niveau de menace impliquait de prévoir 3 zones restreintes pour les concerts. Protéger ces zones fermées nécessitait près de 150 agents de sécurité contre 70 pour l’édition 2015. Conséquence : une augmentation des coûts de plus de 80 000€. Mais ce n’est pas tout: le bourgmestre écolo Jean-Luc Roland ne donnait pas son aval pour une des trois zones, celle située près de l’Aula Magna, qui risquait de provoquer des nuisances sonores. La course cycliste des 24h ne se retrouvait donc plus dans la ville en tant que telle. Et selon le CSE, limiter les lieux de fête et le parcours de la course n’aurait pas respecté l’âme des 24h. Les organisateurs préfèrent revenir en force l’année prochaine avec des 24h mieux préparées à la menace de niveau 3, si elle subsiste jusque-là.

On le comprend, la question de la sécurité est extrêmement complexe mais il est légitime de se demander si la politique du moindre risque est la meilleure. De nombreux spécialistes et politiciens nous répètent dans les médias qu’il faut vivre avec la menace, que l’on doit l’accepter. Mais annuler des événements permettant à une multitude d’associations étudiantes de s’engager et de s’épanouir, est-ce accepter, est-ce continuer à vivre ?

Un sondage dirigé par Ipsos, RTL-TVI et le Soir démontre que 60% des belges sont satisfaits par la politique de sécurité menée par le gouvernement fédéral. Plus encore (65%) souhaitent prolonger la présence des militaires dans les rues. Cela rassure-t-il vraiment? En effet, voir des hommes armés patrouiller dans les rues peut renforcer le sentiment de sécurité. Mails cela peut aussi paradoxalement provoquer la peur et l’impression que la menace court dans chaque gare, sur les places, dans les centres commerciaux,… On peut également se demander si quelques soldats armés parviendraient à stopper un individu prêt et déterminé à perpétrer une attaque terroriste. Le recours à ce type de mesures est extrêmement cher et n’a jamais démontré clairement son efficacité. Les soldats sont par définition là pour répondre à une situation d’attaque et non pour la prévenir. Finalement, on devrait davantage parler d’une mesure curative que préventive.

La guerre terroriste joue sur la peur permanente et le repli sur soi qu’elle entraîne. On la subit tous les jours et elle se ressent dans nos comportements : nos réactions démesurées quand on entend un bruit strident ou quand on voit des gens courir, le sentiment de vulnérabilité lorsque l’on se trouve au sein d’une foule compacte. Tout cela n’est pas anodin et se transforme bien trop souvent en peur de l’autre et de ce qu’on ne connaît pas. Notre regard peut changer vis-à-vis de certaines cultures… Le contexte sécuritaire entraine ces changements de comportements. C’est finalement cela qui est problématique.

Pour conclure, c’est tout à fait compréhensible de vouloir protéger sa population, de vouloir limiter les risques. Mais en faisant cela, on limite également notre ouverture d’esprit et on ébranle nos valeurs. C’est tomber dans l’engrenage de la peur qui restreint nos libertés. L’annulation des 24h est un des nombreux exemples qui nous montrent que l’équilibre entre sécurité et liberté n’a pas encore été trouvé.

 

Photo: Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA (site 20 minutes)

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