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Quand la réalité dépasse la fiction

Qui n’a jamais rêvé de pouvoir parler une dernière fois à un être cher qui n’est plus de ce monde ? Tant que cela reste de la fiction, c’est évidemment très attrayant ! Mais serait-ce toujours souhaitable, si on parle, non plus d’une fiction mais d’une véritable conversation ? Impossible ? Peut-être pas !

Le réalisateur de la série Black Mirror, avait imaginé la scène en 2013. Dans cet épisode, Martha parlait avec son défunt mari, Ash, via un système d’intelligence artificielle (IA) visant à reproduire une conversation qu’il aurait lui même pu tenir : même sensibilité, même humour, même vocabulaire… Cet épisode est un des plus sombres de la série, il nous confronte à un fait émotionnellement déroutant,  au fait que l’être humain bien que mortel pourrait ne pas avoir à vivre de véritable deuil. A l’issue de l’épisode, le téléspectateur est confronté à de multiples questions dérangeantes, tant éthiques que psychologiques, qui finalement n’imposent pas d’être résolues, puisqu’il ne s’agit que d’une série télé !

Aujourd’hui, en Suède, pays avant-gardiste  pour nombre de projets de société, une agence funéraire veut passer de la fiction à la réalité. Elle souhaite « réveiller les morts », en créant une véritable copie numérique des défunts afin de fabriquer un bot conversationnel autonome qui permettrait à tous de parler avec des êtres chers disparus via, par exemple, Facebook. Ce système est évidemment basé sur l’intelligence artificielle et récolterait nombre de données personnelles : SMS, e-mails, messages sur les réseaux sociaux. Cela permettrait de créer une « copie » quasi conforme de la personne et d’imiter les réponses qu’elle aurait pu donner.

Il va sans dire que si certaines personnes acclament cette innovation technologique, d’autres, notamment les psychologues, la décrient. En effet, cette technologie pose questions tant au niveau psychologique, qu’éthique. Certes, l’IA est de plus en plus présente dans notre vie quotidienne: les voitures intelligentes sans conducteur ou avec logiciel de parking autonome, robot humanoïde capable d’accomplir des tâches manuelles dangereuses ou de remplacer l’humain pour certains travaux, ordinateurs intelligents, dispositifs médicaux… Et bien qu’il me semble que nombre de ces applications peuvent constituer un avantage certain pour la société. Selon moi, cependant, ce n’est pas le cas de cette nouvelle réalisation. N’a t-on cette fois pas tout simplement été trop loin ?

Au niveau psychologique, d’abord, les sociétés humaines ont toujours été confrontées au deuil. D’abord par le recueillement, puis, plus tard, grâce aux photographies puis aux vidéos. Mais qu’en est-il avec un tel système ? Les partisans du procédé affirment que cela pourrait aider des personnes qui, dans les cas les plus grave de dépressions, ne parviennent  vraiment pas à faire leur deuil. Mais le deuil ne reste t-il pas une étape indispensable chez l’humain même s’il s’avère parfois ardu ? Au niveau éthique, ensuite, l’homme peut-il vraiment octroyer cette forme d’immortalité ? Même si ce n’est que par l’intermédiaire d’un réseau ou via une conversation…

D’autre part, cela pose problème au niveau de l’utilisation des données personnelles des personnes défuntes. On ne peut pas présumer que tout le monde serait d’accord que soient utilisées et analysées toutes ses conversations et qu’elles soient d’une certaine façon accessibles à toute personne qui parlerait au bot via le réseau. Même en mettant en place un système de consentement du vivant de la personne, l’individu n’aurait alors plus la possibilité de retirer celui-ci.

Par conséquent, n’avons nous pas là atteint une limite de ce qui est acceptable et justifiable pour l’intelligence artificielle? L’humain peut-il vraiment lutter et outrepasser la mort de la sorte ? Peut-on vraiment artificiellement déroger à des étapes aussi fondamentales de la vie ? Jusqu’où ira t-on ?

 

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