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Ebola continue son voyage...

Fiche pour les Nuls #kotcitoyen

Depuis février 2014, une inquiétante épidémie sévit en Afrique de l’Ouest. Le virus Ebola responsable de cette fièvre hémorragique a pour réservoir la chauve-souris. Une des premières épidémies identifiées du virus a éclaté en 1976, touchant 602 personnes au Zaïre et au Soudan, dont 431 décès. Cette épidémie a permis l’isolement du virus en 1977. Le virus porte ainsi le nom de la rivière « Ebola », située dans le Nord-Est de la République démocratique du Congo  (l'ex-Zaïre).

Les premiers symptômes de la maladie correspondent à un état grippal, avec une brusque montée de température, accompagnée de douleurs musculaires, maux de tête et de gorge. Ensuite, apparaissent rapidement des douleurs abdominales avec vomissements, diarrhée et parfois éruption cutanée, accompagnés d'une importante altération de l'état général. On observe également des insuffisances hépatiques et rénales avec des signes hémorragiques. Le virus Ebola n’est spécifique ni à l’âge, ni au genre. La phase d’incubation du virus dure entre 5 à 10 jours et ne permet pas le transfert du virus. Seule une personne malade – c.-à-d. présentant des symptômes – est donc contagieuse. Cependant, la contamination se produit uniquement par contact direct avec des organes et fluides corporels (sang, urines, selles, vomissures, sueur) car le virus pénètre par une plaie, par les muqueuses ou par une piqûre (par une seringue par ex.). Il n'existe actuellement aucun traitement spécifique. Bien que des essais cliniques de molécules actives et de vaccins soient actuellement en cours, ils demeurent non commercialisables. L'efficacité de l'immunothérapie passive (administration d'anticorps) n'a pas encore été démontrée de par le trop petit nombre de patients traités.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé que l'épidémie actuelle remplissait les conditions d'une urgence de santé publique de portée internationale et inédite. L’épidémie actuelle date de décembre 2013, avec les premiers cas diagnostiqués dans le Sud forestier de la Guinée-Conakry. De là sont apparus de nombreux foyers dans des villages alentour, puis dans différentes régions à travers le pays, atteignant, pour la première fois, une capitale de taille important – Conakry. L’épidémie de cette année inquiète par sa gravité et sa rapidité de dispersion. Elle a entièrement gagné le Libéria et la Sierra Leone, pays limitrophes de la Guinée. Le Nigéria a également été touché suite à des voyages continentaux, avec 17 cas dont 6 décès, mais la situation reste, selon eux,  sous contrôle. Le 28 août 2014, on a dénombré un total de 3069 cas recensés, dont 1552 décès.

L’OMS prévoit encore plusieurs mois d’épidémie (de 6 à 9). Cependant, les mesures d’isolement des malades et le suivi des personnes susceptibles d’avoir été contaminées exigent d’importantes ressources financières et humaines, alors que les pays où sévit le virus sont pauvres avec un historique de guerre civile, ainsi que des autorités ni écoutées, ni préparées à ce type de crise. Bien que la situation en Guinée soit encourageante, celle en Sierra Leone et au Libéria reste alarmante, d’autant plus que le système de santé y est défaillant et soumis à de fortes pressions. La situation est telle que le Libéria a instauré le 6 août un couvre-feu sur l'ensemble du pays. De plus, certaines compagnies aériennes ont suspendu leurs vols vers ces deux pays, empêchant l’intervention de l'aide internationale. Alors que des mesures adéquates sont prises par les pays limitrophes de la Guinée, comme le Sénégal, la Côte d'Ivoire ou le Mali, la crainte de ne pouvoir empêcher l’expansion de l’épidémie subsiste. En Europe, par contre, il ne sert à rien de s’inquiéter étant donné les ressources et systèmes de santé permettant de mettre un terme à tout début de chaîne épidémique. L’épidémie devrait ainsi rester concentrée aux pays aux plus bas revenus et partageant des traits culturels communs (tel que toucher le mort lors des funérailles). À nouveau, la majorité des victimes des épidémies sont les plus démunis – une nouvelle preuve du fossé qui se creuse entre les pays d’Afrique et d’Europe. Réagissez !? Soyez critiques, soyez citoyens.

 

 

Source : Ebola, une épidémie déroutante, Jean-Claude Manuguerra de la Cellule d'intervention biologique d'urgence (CIBU) de l'Institut Pasteur, à Paris, Pour la science, n°444 – octobre 2014

 

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