Sensibilisation

L’œuvre d’un monstre

Cancel culture, être woke, lutte contre les inégalités et violences envers les minorités, bashing, oppression systémique, lynchage, inclusivité, liberté, etc. Tant de termes qui ne cessent de résonner et d’être invoqués à tout va dans les discours publics, que l’on soit pour ou contre des mouvements tels que #MeToo. Dans cette mélasse confuse, difficile de pouvoir prendre position sans tomber dans l’exagération...

Faut-il fustiger l’aveuglement général, ainsi que l’omerta, qui perpétue les sévices et vices infligés à toute minorité que ce soit et justifie l’absence d’inclusivité et d’équité ? Faut-il, en revanche, dénoncer les exactions d’un mouvement radicalisé et caricature de lui-même, engloutissant peu à peu nos libertés ? Ou bien, et risquons-nous sur la 3e voie, serait-il plus judicieux de prendre du recul et d’éviter de crier radicalisation, d’un côté comme de l’autre, à la première opinion, au premier geste, venus ? Le sujet est bien évidemment d’une complexité que notre article ne saurait avoir la prétention de régler, et le débat encore trop vif que pour pouvoir s’y repérer clairement. Quoi qu’il en soit, L’Étincelle vous propose de revenir brièvement sur ce problème, cette problématique oserons-nous dire, sans se vouloir polémiste quel qu’il soit.

19 octobre 2021, face à l’émergence du mouvement #MeTooThéâtre et aux quelques critiques qu’il a dû probablement essuyer sur les réseaux sociaux, le directeur du théâtre de La Colline, Wajdi Mouawad (que vous connaissez tous et toutes pour ses pièces de théâtre telles que Littoral ou Incendies, ou ses nombreuses adaptations cinématographiques et mises en scène, n’est-ce pas ?) rédige et publie une tribune sur son site ; tribune dans laquelle, face à la perplexité de la ministre Roselyne Bachelot, il défend et maintient son choix de faire appel à Bertrand Cantat (ex-chanteur du groupe Noir Désir, emprisonné pour le meurtre de sa femme Marie Trintignant) pour la pièce Mère, ainsi qu’à Jean-Pierre Baro (metteur en scène accusé, sans qu’il y ait suite, de viol) pour la mise en scène d’Un qui veut traverser. Deux personnes au profil particulièrement épineux, donc. Il va sans dire, une telle prise de position a tôt fait de susciter les réactions les plus diverses (ne nous arrêtons pas sur les réseaux sociaux, voulez-vous) de la part de la presse : l’Humanité, l’Observatoire de la liberté de création, Le Monde, Sceneweb, Télérama, Le Figaro, Marianne, etc. Tous y vont de leur point de vue – plus ou moins nuancé, plus ou moins factuel -, fournissant tout autant de clés, parfois d’écueils, de compréhension.

Alors, il est bien évident qu’il n’est plus supportable, après DSK, Weinstein et tant d’autres noms tus, de rester dans une inertie aveugle vis-à-vis de toute forme d’oppression que ce soit ; il est bien évident que censurer presque systématiquement une œuvre, car accouchée d’un monstre, que vouloir rayer toute la création d’un.e criminel.le sans plus de réflexion est tout à fait malheureux et extrême. Mais il est bien évident que l’on ne peut placer telle ou telle situation simplement dans un des extrêmes susmentionnés, et que se vouloir partisan.e, héraut, bouclier ou fer de lance d’un point de vue absolu et unilatéral nous parait peu souhaitable, sans rentrer dans l’ad hominem pour sûr. 

Ainsi, et si cette problématique vous parle, n’ayez pas peur de multiplier les sources et points de vue, de réfléchir, d’oser, là est le propos, l’altérité et le risque d’être ébranlé.e dans vos certitudes, et d’accepter que des avis à priori diamétralement opposés au nôtre puissent, parfois, qui sait ?, apporter un ou deux éléments pertinents, qui étayeraient une idée plus juste, ou moins injuste. Vous avez deux heures...

 

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